On frise les 170. Le vent me fouette le visage, le vrombissement puissant est grisant, je suis ivre de vitesse. A ma droite la Cayenne ne relache pas la poursuite, et cela ne fait que renforcer ma sauvage determination a l’emporter. Une autre de ces courses spontanees improvisee sur les routes du desert quand deux bolides se retrouvent…
L’aiguille grimpe… 170.. 175.. 180.. Devant moi, la route plate, interminable, irresistible…
Soudain, un obstacle se dessine sur la voie, un morceau de bois qui a du tomber d’un camion plus tot. Du coin de l’oeil je constate que le passage a doite est impossible, la cayenne me talonne. C’est donc freiner et risquer la catastrophe ou continuer sur la meme lancee…
Je sens un soubresaut quand on passe sur l’obstacle, et j’entens un bruit sec, sonore.. Mais la voiture maintient sa stabilite et continue de filer. Rien de casse au premier constat, constat sommaire fait a 170 heure..
Et les miracles commencent…
Sur 30 kilometres de route nous filons, oscillant de 170 a 180, prenant les virages a une vitesse a peine reduite, la Cayenne toujours sur ma driote, mais perdant imperceptiblement du terrain.. Le pneu avant de la voiture, atteinte, se dechire.. de plus en plus.. J’entends un bruit insolite, tel un papier colle au pneu qui fait un grand bruit a chaque fois qu’il rencontre le goudrom.. C’est le caoutchou qui s’emiette..
Une quinzaine de kilometres plus loin, je sens du brule.. M’arreter…? Autour de moi, le desert, la nuit.. Impossible re-demarrer peut-etre si je m’arrete pour constater les degats.. Alors je continue..
On dit que dans ces instants de danger, les pensees se bousculent, la peur vous noue le ventre.. Mais ma tete est vide, je n’ai qu’une idee, atteindre la ville le plus vite possible. Je continue de foncer, le pneu se dechire davantage, mais la voiture continue de filer sans la moindre hesitation… Le tableau de bord affiche feu vert… Je ne leve pas le pied, et la voiture de repondre comme un as malgres le pneu mortellement atteint..
Une inquietude aux feus rouge.. Precieuses secondes en suspense.. Et si elle repartait pas..? Mais non, tel un etalon arabe, fier et courageux, ayant des trippes, elle se relance a chaque fois..
Quinze minutes apres, une eternite, les lumieres de la ville.. Circulaiton oblige, je descends a 120, puis a 100..
Enfin, un aire de stationnement a cote de l’academie de police. Le feu tourne au rouge juste avant, je m’arrete.. Et la, pour la premiere fois, elle gemit ma courageuse amie, un bruit raclant provient du pneu avant, on sent la jante entrer en contact avec le gooudron.. Et pour la premiere fois, le tableau de bord indique qu’il y a un souci…. Le temps de la garer, elle rend l’ame..
Pneu completement dechiquete, un grand trou beat entre le pneu et la jante.. Comment at-elle pu tenir la route dans cet etat…?
Les specialistes se prononcent… c’est solide une porsche..
Un article lu dans la presse une semaine apres fait etat d’une douzaine de morts cette annee suite a des tonneaux et autres accidents occasionnes par des pneus dechires ou eclates… Parmi des 4*4 et des voitures de sport..
Les potes ont eu un sourire suffisant quand j’ai dit, non… Ce n’est pas la voiture.. c’est Dieu… C’est Lui qui s’est interpose entre un tonneau ou un derapage et moi. C’est Lui qui a fait tenir la voiture tout le temps dans le desert.. c’est Lui qui a permis qu’elle rende l’ame seulement quand je puis me garer sans danger.. c’est Lui qui m’a recouvert d’un manteau de securite, a 170 a l’heure, en decapotable et sans la ceinture de securite.. c’est Lui qui a tenu l’angoisse a distance de mon coeur, c’est Lui qui a guide ma main a chaque virage..
C’est Lui qui a etale sa Puissance..
C’est Lui qui a eu pitie..
Oui, c’est Lui qui est revenu mettre la lumiere dans mon coeur mort depuis si longtemps…
Ne vois-tu pas celui qui etait mort, que Nous avons ressucite et auquel Nous avons donne une Lumiere avec laquelle il avance parmi les hommes… (Coran, 6:122)
